À visionner en 1024x768!
Voyage au Saguenay
effectué du 11 au 13 octobre 2008
Comme tout le monde, on avait déjà entendu la rumeur, sur un coin de table, en traversant une rue, en tenant un poteau d’autobus. On l’avait déjà entendue cette horrible théorie de travailleurs zélés. À les écouter, il existerait une heure avant 7 heures. C’est comme si quand on dormait, le temps n’arrêtait pas de s’écouler. Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, nous avons goûté à la médecine de l’aurore en ce samedi de la fin de semaine de l’Action de grâces. Se lever à 6 heures! Un samedi! Mais, pour que l’histoire demeure minimalement réaliste, il faut admettre que nous avions une motivation lupuline.
Destinations : Charlevoix, Saguenay, Lac St-Jean, Shawinigan. Avouez qu’on peut choisir pire alors que les couleurs des arbres battent leur plein. Ce n’est donc pas sans contemplation que nous avons parcouru ces kilomètres, habituellement insupportables, qui séparent un débit de boisson de son prochain.
Qui plus est, le Yowie d’Amérique (dont la déclaration d’indépendance remonte maintenant à une couple de décennies) semblait en forme en cette première de trois journées. Et un Yowie en forme laisse habituellement envisager une fin de semaine de ricanements au point d’en perdre la forme.
CHAPITRE 1 : Pour en finir avec la bière du voyage
Les biérophoux boivent peut-être de la bière originale, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont eux-mêmes originaux. Tu reviens de voyage et la première question que tu te fais poser par le biérophou qui ne revient pas de voyage est toujours la même. ‘Pis, c’tait quoi la bière de ton voyage?’ C’est toujours cette question là, même si les plus flyés vont la formuler à la sauce ‘Des coups de coeur?’. Ce qui me console, c’est que si la question est toujours identique, la réponse varie. Cette fois, c’était la Flacatoune de Charlevoix. La Flacatoune, c’est comme ça qu’il faut brasser. Ils prennent leur levure de Dominus Vobiscum (il faut commencer par ce qu’on maîtrise) et ils décident de rester dans le simili-léger. À quoi ça sert? Mettons qu’en la finissant, t’as tout de suite le goût de recommencer. Je m’excuse, mais je ne peux pas en dire autant de la Double. La Double, elle est aussi attachante, mais en étant sucrée et en collant aux lèvres, mettons qu’elle triche un peu. C’est moins psychologique comme attachement. La Double, elle te manque quand elle est proche, mais la Flacatoune te manque quand elle est loin. Et son plus grave problème, c’est qu’elle est presque toujours loin, si bien que plusieurs d’entre nous y goûtions pour la première fois. Je pourrais toujours perdre du temps à la décrire, mais c’est Bièropholie ici et tant qu’à prendre le temps d’écrire un peu, je préfère pencher du côté pholie. Donc en quelques mots garochés : Superbe blonde avec une tête sur les épaules, rafraîchissante, poivrée - feuilles de genièvre ça a l’air, mais il n’y avait que Martin T. pour prétendre qu’il aurait pu s’en douter… Bon je m’emporte encore, à quoi bon essayer d’être sérieux et succinct quand on peut être débile léger longtemps.
CHAPITRE 2 : M’as-tu ramené de la Flacatoune?
Non. CSP! Qu’on somme action sur plate. Par contre, il y avait un certain gars qui avait un nom de famille, qui avait l’air sympathique derrière ses airs d’étranger et qui prétendait être connu du milieu brassicole et qui prétendait être le brasseur de Charlevoix. Il y avait aussi un autre bonhomme aussi vaillant que bienveillant. Imaginez-vous donc qu’il jouait parfaitement le rôle du propriétaire de la brasserie. Et dans une mise en scène digne de la réalité vraie, ils nous ont fait visiter un studio qui aurait pu, s’ils avaient eu affaire à des touristes plus dupes, passer pour le décor d’une nouvelle brasserie Charlevoix. Ils avaient quand même fait de gros efforts pour nous impressionner, ils avaient acheté des fermenteurs de 7000 et 14000 litres. Je ne veux pas faire semblant de ne pas vouloir partir de rumeurs, mais de si gros fermenteurs m’ont mis la puce à l’oreille. S’ils ont vraiment des fermenteurs qui doivent être 10 fois plus volumineux que ceux qu’ils ont au St-Pub, ils pourraient comme pas ne pas rebrasser de Flacatoune. Qu’est-ce que t’en penses?
Mais sérieusement, ça va être pas mal impressionnant ce complexe brassicole Charlevoix. C’est du Think Big tout craché, mais ils ont bien confiance de manquer de place rapidement, ce qui est assez bon signe en général. Ça devrait leur garantir de ne pas être dans la rue de sitôt parce que d’habitude, les sans-abris ne se plaignent pas trop trop de manquer de place.
CHAPITRE 3 : Quelle Baie?
La route entre Baie-St-Paul et La Baie est plus longue que ne le laisseraient croire des noms de ville aussi semblables. Mais avec les contrastes des ciels ennuagés furieux que le soleil parvienne occasionnellement à les percer, des feuilles d’automne ensanglantées et des reflets des Hautes Gorges sur les lacs, la seule personne qui s’ennuyait vraiment était le réservoir d’essence. Ce dernier a vu sa seule amie (l’essence) s’évaporer à vue d’oeil tandis que la pauvre fourgonette devait charier 7 adultes qui ont tendance à manger beaucoup de repas à chaque repas.
À La Baie, mon premier constat a été que je n’y étais pas venu depuis 3 ans. Mettons qu’il n’y a plus trop de Baie avec toutes les installations portuaires qui polluent la vue. C’est pas mal marketing quand même. On va attirer des touristes qui vont venir voir La Baie, mais pour ce faire, on va devoir cacher la Baie. 1-0 pour l’Office du tourisme.
La Korrigane ne nous a pas particulièrement fait redresser les poils en ce début de soirée. La Crusca se démarquait certainement le plus, c’est une espèce de Old Ale au malt tourbé. Elle manquait d’un peu de rondeur et d’unité, mais ça reste une offrande originale, surtout pour le coin. Note comme ça, la soupe à l’oignon avait l’air d’aimer le sel.
CHAPITRE 4 : La phrase qui fait tout oublier
La Korrigane a quand même trouvé une façon de se démarquer, par personnes interposées. Ils ont engagé (au sein de notre groupe, on supporte la théorie qu’ils l’ont payé parce que ça se peut juste pas de dire des affaires de même) le Yowie pour lancer à l’inoffensive serveuse, sur le ton le plus sérieux du monde, un désormais célèbre : ‘ Hey! T’as tu Interac Toéé?’ C’est le genre de phrase après laquelle il faudrait sûrement que j’explique davantage, que je débroussaille le contexte un peu, mais le fait est qu’il n’y a rien à ajouter. Ça s’est passé comme ça, à l’emporte-pièce. Une minute tout le monde s’endort sur sa chaise, la suivante tout le monde s’esclaffe et en moins de 5 secondes, au fur et à mesure que les regards de ses comparses s’interceptent, le Yowie comprend qu’il a un nouveau squelette dans son grand placard et qu’il entendra l’écho de sa propre réplique revenir le tancer encore, encore et encore.
CHAPITRE 5 : La Voie Maltée Reloaded
Ça faisait moins d’une semaine que la nouvelle succursale de la Voie Maltée, à Chicoutimi, venait d’ouvrir. Fred Tremblay s’est arrangé pour que nous ayons une réservation et on est évidemment arrivés 5 minutes après qu’ils aient cédé notre table. Néanmoins, en moins de 2, le brasseur, Daniel, avait l’air déterminé à ce que nous passions une belle soirée et il a sorti toute son artillerie, de la visite de la brasserie au shooter digestif (l’Amarula, ça t’allume son biérophou). Quant à la place, il est difficile de savoir s’ils sont encore à s’ajuster ou s’ils sont déjà dans leur créneau, mais ce n’est pas tout à fait l’atmosphère à laquelle on est habitué d’un brewpub. Premièrement, il y a plein de filles. Deuxièmement, la majorité d’entre elles portent des talons hauts. Troisièmement, si les filles sont là, c’est que l’ambiance fait un peu bar branché avec les murs de briques, le bar dont on peut faire le tour au milieu et la musique ‘poop’ forte, au milieu d’un éclairage moitié chandeliers, moitié flat screens qui diffusent le hockey. Imaginez un Rock Bottom sombre, mais moins surchargé et rempli à craquer de monde. C’est grand comme place, très grand. Ils doivent pouvoir asseoir entre 200 et 250 convives et tout ce que je peux dire, c’est qu’il y en avait probablement une autre centaine debout. C’est un autre style, très business et pour cette raison, j’ai un penchant pour La Voie Maltée originale. Au niveau des bières, on nous offre, comme à l’habitude, une solide gamme de styles plus légers et les habituelles Polissonne et Criminelle, vieillies 1 an cette fois-ci. Du bon stock au-dessus de la moyenne, mais peut-être moins remarquable que lors de nos premières visites.
CHAPITRE 6 : S’ensuit une course folle
À partir de notre hôtel, on a marché environ 3 kilomètres pour se rendre à la Voie Maltée. Le plan nous paraissait infaillible. En revenant, on aurait qu’à se retaper les 3 kilomètres à l’envers et on atteindrait nos lits juste assez fatigués, juste assez degrisés pour dormir de rêves paisibles entrecoupés d’une ou deux pauses-pipi. Pas compliqué comme plan. Aussi simple qu’un programme électoral du Parti Vert et, malheureusement, aussi peu efficace. C’était peut-être le Parti Vert qui se vengeait de mon attaque gratuite à leur endroit… sur un babillard de bière, de toutes les tribunes… Mais ça m’étonnerait quand même. Habituellement, quand on se venge, on fait ça après l’injure. Tu vois? On ne se venge pas samedi passé pour l’offense de mardi prochain. C’est pas honorable. Toujours est-il qu’à peine le premier kilomètre parcouru, nos deux groupuscules se trouvent séparés. La scène rappelle un peu ces films dans lesquels il y a un volcan, un glissement de terrain ou peu importe, et que les héros se trouvent isolés par une fissure soudaine. Dans les films, ils réussissent toujours à sauter la faille de 10m, battant ainsi la marque mondiale du saut en longueur et triplant leur record personnel, mais ce ne serait pas aussi facile pour nous.
N’allez pas appeler votre cousine qui travaille pour le Journal de Montréal. Non, il n’y a pas eu de volcan à Jonquière, mais il y a eu une attaque à mouffette armée. Comme ça, en pleine rue. Sur 7 innocents travailleurs payeurs de taxes. Non mais qu’est-ce qu’elle faisait la police?

La mouffette arrive comme ça, de nulle part et prend l’initiative de se fourrer entre le groupe de ceux qui apprécient la marche comme une agréable activité post-beuverie et ceux qui traînent de la patte et rouspètent contre Dieu qui donna à l’homme la capacité de se déplacer avec ses propres jambes. Donc la mouffette sépare ces deux écoles de pensée et tranche le débat. Elle tranche le débat en faveur des paresseux et se met à poursuivre férocement les piétons qui s’étaient entêtés à prendre de l’avance. Elle dévale la pente à un train d’enfer. Elle est le train de l’enfer, menaçant à tout moment d’engloutir les citadins sous les feux de son fumet. On voit Satan dans son regard. Un regard vif, un regard froid, un regard gris d’acier trempé. La tignasse rouge comme les feux de l’enfer. Ce n’est qu’au terme d’une énième esquive que nos héros parviennent à induire la bête sauvage en erreur. Elle prend le mauvais tournant. Après avoir vu leur vie défiler devant eux, les rescapés doivent se rendre à l’évidence : Les vrais héros sont ceux de l’ombre et la Très Honorable Madame Jean ne viendra jamais les décorer de la médaille de la gouverneure. Honte à sa stature.
CHAPITRE 7 : Y avait-il quelque chose qui sentait bon aussi?
La réponse est oui! Le lendemain matin, nous allons visiter la Micro du Lac St-Jean. La place est apparemment située à quelques pas de la Fromagerie Médard, les artisans derrière le sublime 14 Arpents, mais aussi les malchanceux chez qui la listériose a cogné. Comme nous étions 7 amateurs de fromage dans la voiture, la fromagerie était évidemment fermée.
La Micro du Lac surprend d’abord en n’étant pas proche du Lac. La maison anodine qui leur sert d’abri (elle a aussi d’autres usages) laisse indifférent de l’extérieur. À l’intérieur, c’est franchement accueillant. Les proprios trippent sur les bières belges, ont fait des stages en Belgique, ont fait goûter leurs produits par des Belges et n’hésitent pas à faire de la recherche et du développement en Belgique. Ça paraît. Même leur soi-disante rousse est très levurée. Ça fonctionne bien pour leur Gros Mollets, ironiquement plus charpentée, mais le caractère de levure dominant surprend dans les bières plus légères. Service impeccable et naturel. On y reviendra et nous sommes sûrs qu’ils ne pourront que s’être améliorés, étant déjà très bien partis. Pour les amateurs de graphisme, leurs étiquettes sont des plus savoureuses.
Après nous être cognés contre les portes closes de deux fromageries supplémentaires, nous pénétrons chez La Chouape de St-Félicien. Un beau pub de village. Dans un saillant élan de pertinence (certainement sa citation la moins déplacée de la fin de semaine), le Yowie compare l’endroit au Vices et Versa. N’a l’air de rien de l’extérieur, mais témoigne d’une vie de quartier manifeste à l’intérieur. Jouant sur des nuances de boiseries et d’oeuvres d’art par ci par là. Si la porter à l’avoine a fait l’unanimité de la tablée, les 3 autres offrandes étaient toutes bien assemblées. Le brasseur nous fait visiter les lieux. Ici, le plus important reste encore la provenance des ingrédients, qu’on désire, sous peu, produire entièrement à la ferme associée. Il semble que la récolte de Cascade soit prometteuse et deux autres devraient suivre l’an prochain.
CHAPITRE 8 : Où bien manger à Jonquière?
Ce ne sera pas facile, mais cette fois-ci, c’est à votre tour de me répondre.
CHAPITRE 9 : Retour en bivouaquant par Shawinigan
La route coupant au travers de La Tuque séduit en ce lundi de grisaille. Les nombreux lacs offrent des miroirs imprenables aux arbres colorés qui cernent la route. Difficile d’en détacher les yeux. Mais pas impossible, pause-pipi oblige. La pause-pipi est toujours sélective. Elle choisit ses victimes sournoisement. Ce serait une sorte de tirage au sort et certaines personnes sont moins chanceuses que d’autres. Une personne particulièrement chanceuse est sans doute le Yowie. Peut-être accorde-t-il une importance légèrement supérieure à la moyenne à la démarcation de son territoire. Toujours est-il que la sélection naturelle qui a favorisé sa vessie n’a jamais entaché son sens de l’humour. Par 5 degrés Celsius, quand il sort de la voiture pour aller évacuer, ne vous surprenez pas si, à votre demande pour qu’il ferme la portière derrière lui, il rétorque du tac au tac : ‘Pourquoi? T’as chaud?’. Fou rire garanti, mais non remboursable.
Arrivés au Broadway Pub, nous avons l’endroit à nous seuls en ce début d’après-midi et le menu de nourriture minimaliste parvient à nous sustenter de façon bien plus adéquate que nous l’aurions suspecté. Les bières sont très réussies. La Weizen aux pommes étonne par son équilibre tandis que la Mary Poppins (brown ale titrant 7%) offre beaucoup plus qu’on s’y attend. La Imperial IPA du Gambrinus, bière invitée, fait bonne figure avec son amertume mordante qui domine complètement ses malts plutôt foncés et toastés. L’expérience est concluante et il semble désormais ridicule de se rendre à Shawinigan exclusivement pour le Trou du Diable.
Cela ne signifie pas qu’on puisse passer à côté du Trou du Diable, loin de là. Le pub le plus photogénique de la Belle Province continue de nous faire passer de beaux moments. Notre manque d’intérêt pour les jeux de société s’estompent rapidement au fil des gorgées et si la médaille de la culture générale revient à Mme. Schlager, ce n’est pas parce que les autres n’ont pas essayé. Nous devenons bruyants, déplacés, exactement le type de personnes que nous nous plaisons habituellement à détester, mais nous avons du plaisir et n’y pensons pas. La bière est bonne. La Buteuse est à point, la Baron Noir particulièrement réussie et nous levons nos chapeaux aux Cataractes de Shawinigan, même si nous trouvons qu’il s’agit là d’un bien mauvais nom pour une équipe de hockey et même si nous n’aimons pas particulièrement le hockey. Des fois, il faut arrêter de découvrir et commencer à lever le verre.