David et Goliath Dry 2003

 

Dernièrement, le Bureau de la concurrence a choisi de fermer l’enquête qu’il avait ouverte sur une prétendue concurrence déloyale de Molson et Labatt envers les microbrasseries du Québec. La conclusion expliquant le geste serait, selon les articles de la Presse canadienne, qu’il y a eu effectivement concurrence déloyale et répressible, mais qu’il n’y a pas de preuve prouvant que cela aurait nui au marché des microbrasseries. 

Comment peut-on affirmer sérieusement que la part de marché des microbrasseries serait identique à la situation actuelle si les grandes brasseries s’étaient abstenues de dépenser des millions pour contenir l’expansion des microbrasseries !?! Si le Bureau de la concurrence possède une boule de cristal pouvant témoigner de différents espaces-temps, faudrait qu’il la rende disponible aux entreprises en conflit ! Car ni les microbrasseries, ni même les grandes brasseries ne semblent le croire 

Quelques exemples parmi tant. Ne faut-il pas être volontairement aveugle pour croire que l’achat conjoint des frigos de la plus grande chaîne de dépanneurs du Québec par les deux brasseries géantes n’a pas pour but de restreindre l’espace alloué aux micro brasseries ? Est-il possible de conclure que ça n’affecte pas nécessairement les ventes de ces dernières ? Quand en plus, les grandes brasseries viennent occuper ce petit espace avec de fausses bières de microbrasseries qu’elles appellent nonchalamment « bières de type microbrasserie » (Rickard's Red et sa famille, Alexander Keith's, Mick's Red, Kokanee…) ou avec leurs doucereuses bières importées, peut-on encore n’y voir aucun effet ? Quand un représentant d’une de ces deux brasseries vient offrir des milliers de dollars à un détaillant indépendant pour s’assurer que l’espace disponible soit consacré majoritairement aux produits des deux grandes brasseries, n’est-ce pas de la collusion ayant pour effet de nuire aux petits concurrents ? 

Dans le marché des dépanneurs et épiceries, c’est visiblement une guerre ouverte et déloyale que les deux grandes brasseries livrent conjointement aux petites entreprises produisant des bières artisanales. 

Sur le marché des bars et restaurants, c’est aussi agressif, mais moins concerté en apparence. Chacune des grandes brasseries cherche à acheter une exclusivité dans ces établissements. Pour répondre aux détaillants qui affirmaient avoir besoin de quelques bières de microbrasseries, les deux grandes se sont même mises à l’importation de bières produites par leurs brasseries affiliées dans le monde. Absolument pas comparables aux bières de microbrasseries du Québec ! Mais ça en a l’apparence. Dans les chaînes de restaurants, la ronde des contrats est presque complétée. La pression est désormais mise sur les restaurants indépendants. Des barils de bières gratuits si les microbrasseries sont chassées des établissements, c’est monnaie courante. Pour les partys étudiants, on a même vu une grande brasserie donner gratuitement ses barils de bière afin d’éviter que le contrat ne soit donné à une microbrasserie qui avait précédemment égalé le prix de la grande brasserie.

Parmi la clientèle courante, presque tous connaissent l’existence des bières d’Unibroue. Plusieurs connaissent aussi les bières de Boréale (Brasseurs du Nord), McAuslan et Belle-Gueule-Cheval Blanc (Brasseurs RJ). Ces quatre entreprises sont les premières visées par la concurrence féroce des grandes brasseries. Elles en payent le prix chaque jour. Mais le pire effet est sur les plus petites brasseries. Qui de la grande majorité consommatrice de "bière" jaune pâle a entendu parler des Brasserie Charlevoix, Brasserie l’Alchimiste, Brasserie Le Chaudron, Brasserie St-Arnould, Microbrasserie du Lièvre,Ferme-Brasserie Schoune, Les Bières de la Nouvelle-France, La Barberie, Express-Broue. On peut compter sur les doigts d'une main les détaillants qui tiennent ces produits. En fait, on ne les retrouve que dans les commerces où le propriétaire insiste pour avoir toutes les bières de microbrasseries du Québec. Ne comptant chacune que sur une seule poignée de travailleurs, la concurrence des grandes brasseries leur rend impossible l’accès aux tablettes des autres détaillants. Dans un tel contexte, ces brasseries ne peuvent rêver d’expansion et sont condamnées au mieux, à rester fragile financièrement.

Que serait le monde des saveurs si Heinz, pour assurer une domination de son vinaigre blanc, livrait une guerre commerciale aux producteurs de vinaigres balsamiques ou aromatisés ? Si une boulangerie géante productrice de pain blanc tranché achetait l’espace tablette destiné à la vente de pain plus spécialisé ? Ou si une fromagerie nationale mettait tout en œuvre pour éliminer la concurrence que les fromages fins font à son cheddar blanc ?

Les grandes brasseries fonctionnent ensemble et utilisent toutes les armes disponibles, légales ou pas, pour contenir le marché des microbrasseries. Pour elles, c'est une question de vie ou de mort puisqu'un consommateur perdu au savoureux monde des micros ne revient jamais aux "bières" insipides qu'offrent les grandes. Si l’on ne veut pas retomber dans un monde sans couleur, sans odeurs, sans saveurs, bref, sans intérêt, il faut voir à ce que la concurrence déloyale comme celle que vivent les microbrasseries soit dénoncée et combattue. Faisons chacun notre effort et buvons tous uniquement que des bières de microbrasserie ! Ce n'est pas un gros sacrifice et on montre fièrement notre appui !

Santé et longue vie aux artistes du fourquet !

» Participez à la discussion sur la concurrence des mégabrasseries vs microbrasseries 

 

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